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 INterview d'ali belhadj au journal "Le monde"

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salah bey
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Nombre de messages : 103
Date d'inscription : 31/07/2005

MessageSujet: INterview d'ali belhadj au journal "Le monde"   Mar 4 Avr - 3:48

A Alger, le retour du "Grand Inquisiteur"
LE MONDE | 03.04.06 | 10h25 • Mis à jour le 03.04.06 | 10h38


Officiellement Ali Benhadj n'a pas le droit de s'exprimer dans la presse. Cofondateur du Front islamique du salut (FIS) algérien, dont il fut le numéro deux, celui que l'on a surnommé le"Grand Inquisiteur" ne peut plus faire de politique. En accordant un entretien au Monde, Ali Benhadj, 49 ans, sait qu'il risque d'être remis en prison, où il a déjà passé dix-huit ans.



Vous incarniez le FIS triomphant du début des années 1990. Vous voici libre mais surveillé de près. Quel regard portez-vous sur le régime actuel ?


Le pouvoir est illégitime depuis le coup d'Etat de 1992. Le pluralisme politique n'existe pas et n'a jamais existé en Algérie. Comment prétendre le contraire, quand le choix du chef de l'Etat est décidé par les patrons de l'armée? Si vous ne me croyez pas, je vous renvoie aux Mémoires de l'ancien patron de l'armée, le général Khaled Nezzar, ou aux propos tenus tout récemment par l'ex-président Ben Bella. Ce sont les militaires qui dirigent ce pays, et la présidence de la République n'est qu'une annexe du ministère de la défense.

On parle pourtant de réconciliation nationale. Des ordonnances qui en définissent les modalités ont été publiées. Qu'en pensez-vous ?


Comment ose-t-on parler de réconciliation nationale alors que nous vivons depuis quatorze ans sous le régime de l'état d'urgence ? Une réconciliation véritable doit se négocier entre toutes les parties concernées : l'armée, les partis, la société civile. En Algérie, elle est imposée par les responsables du coup d'Etat [de janvier 1992] et eux seuls. Les bourreaux se présentent comme des victimes… C'est le monde à l'envers.

Nous avons des frères qui ont été torturés en prison. Ils connaissent les noms de leurs bourreaux. La charte leur interdit de porter plainte. Elle nous interdit aussi de faire de la politique. Mais faire de la politique est un droit inscrit dans la Constitution. Personne – ni le président, ni les décideurs militaires – ne peut m'interdire de faire de la politique! Le chef de l'Etat a prêté serment sur le Coran de respecter et de garantir la Constitution, qu'il est le premier à violer. La charte sur la réconciliation n'a aucune légitimité constitutionnelle.

Mais le principe de la réconciliation a été massivement approuvé par référendum.

Les consultations sont truquées. Lors du référendum, seuls les proches du système ont eu accès à la télévision et il n'y a pas eu de débat. C'était à prendre ou à laisser. La charte nous a été imposée. Le pouvoir méprise et trahit les Algériens. En 1991, le peuple a voté pour le FIS. Pourquoi les militaires n'ont-ils pas respecté son choix ? Est-ce que le peuple qui nous a choisis n'était pas le peuple algérien ? Etait-il mineur ou majeur ? Si l'armée avait respecté la volonté populaire, croyez-moi, l'Algérie n'aurait pas connu de tragédie nationale.

Depuis, l'Algérie a changé : les bachelières sont plus nombreuses que les bacheliers, l'emploi des femmes progresse… Votre discours est-il d'actualité ?


Les changements ne nous effraient pas. Qu'on nous laisse présenter notre projet de société, que les autres forces politiques fassent de même et laissons le peuple choisir et décider de son avenir. C'est à lui que doit revenir le dernier mot. Il peut un jour nous refuser et une autre fois nous choisir. Mais s'il nous choisit, personne ne peut nous enlever ce droit par la force.

Vous pensez qu'un scrutin honnête vous donnerait la victoire ?


J'en suis convaincu. Et si, la fois suivante, nous perdons, nous quitterons le pouvoir sans violence.

On parle de plus de 150 000 morts en Algérie depuis 1992. Vous sentez-vous responsable de cette tragédie ?


Si je réponds que oui, je me mens à moi-même; si je dis que non, je me place en position défensive. Je ne me reconnais dans aucune de ces alternatives. Je suis d'accord pour que la justice algérienne fasse la lumière sur la tragédie algérienne et qu'elle établisse les responsabilités des uns et des autres. Mais il faut que ce soit une justice impartiale, honnête. On en est loin. Même le président Bouteflika a admis qu'elle était malade et corrompue. Je suis également d'accord pour aller témoigner devant une commission d'enquête internationale qui ferait la lumière sur les événements depuis 1991. Mais que les putschistes fassent de même.

Quel est votre projet de société ?


Je me bats pour un Etat algérien islamique, donc gouverné selon le Livre – le Coran –, et l'enseignement du Prophète –la Sunna – et de ses compagnons, en conformité avec les principes du 1er novembre 1954, à la base de la lutte pour l'indépendance. Tout se tient. Comme nous sommes un peuple musulman, il ne peut pas y avoir de contradiction comme en Occident. Le Coran est la référence suprême mais le peuple décide.

Vous invoquez la religion mais la société s'est laïcisée depuis quinze ans.

Ce sont les circonstances et la guerre de ces quinze dernières années qui ont fait qu'une tranche de la population a dévié du principe de l'islam. Elle n'en reste pas moins profondément musulmane. L'éducation et la culture doivent aller dans ce sens.

On vient de célébrer le 10e anniversaire de l'enlèvement des moines de Tibéhirine. Vous seriez d'accord pour que des religieux retournent au monastère ?


(Il réfléchit). Les gens du Livre – les chrétiens et les juifs –, dans la société musulmane, peuvent pratiquer leur religion. Mais nous sommes contre ceux d'entre eux qui, profitant de la faiblesse des ignorants, se transforment en combattants et viennent convertir des musulmans. Ceux-là interviennent dans les affaires du pays. Ce sont des espions, des agents secrets. Il y a des gens du Livre qui sont intervenus dans la crise algérienne. Ils ont pris parti. Ils n'auraient pas dû. Dans un Etat islamique, les juifs et les chrétiens auraient des représentants à l'Assemblée au titre du droit des minorités pour défendre les intérêts de leur communauté.

Une partie de l'opinion a été choquée de vous voir accueillir un ancien émir du Groupe islamique armé (GIA), Abdelhaq Layada, à sa sortie de prison.

Layada a été incarcéré dès 1993. Il n'y avait pas eu de dépassement jusqu'à cette époque. La suite est obscure. Je dirai simplement que le pouvoir bafoue les droits de l'homme, et le peuple a le droit de le combattre. Dans ce combat, il peut y avoir des dépassements. Vous en avez connu lors de la Révolution française.
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